SAFE

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Direction & concept
Julie Pfleiderer
Composition & concept
Oxana Omelchuk
Performer & concept
Caroline Daish
Musicians
Tom Pauwels
Gerrit Nulens
Hanna Kölbel
Script
Pieter Delfosse
Choreography
Christine de Smedt
Set, costume & light design
Jochen Schmitt
Sound Design
Alexandre Fostier, with thanks to Quentin Meurisse

Production in collaboration with
Ictus, Kaaitheater, Ars Musica,
Kunstenwerkplaats Pianofabriek Brussels ,
BUDA Kortrijk, Wien Modern, Brut (Vienna)

Safe is a performance centered around the use of the voice as a tool for communication and as gateway to a mental world beyond speech. It is a monologue that starts within the format of a live concert and then through the use of headphones transforms into an intimate auditory experience.

The first inspiration for this project was the Todd Haynes’ movie Safe (1995). In the movie Julianne Moore portrays Carol, a woman whose allergic reactions keep growing in intensity and duration making a normal life increasingly impossible. The inexplicable disease isolates her more and more and at the end of the movie we see Carol in the middle of the desert in a transparent high-tech igloo that is supposed to keep her protected from all the malignant influences of the external world. At its release the director himself referred to the AIDS epidemic and its political reception of the second half of the 1980ies. We think the movie has onlygained critical importance at the beginning of the 21st century.
Because the causes of Carol’s symptoms are never revealed it remains unclear if she is suffering from a concrete physical ailment which the physicians are unable toidentify or if her disease is totally psychosomatically induced. What we see is a body that loses more and more its autonomy and is manipulated by scientists, healers and shamans alike without it ever disclosing its mystery. In a control society where divergent behavior is more and more sanctioned and the desire of the total masteryof life is believed to be a possibility, Carol becomes an obstruction, a complication.
As an audience we are torn between considering her as the absolute victim (of an ecological crisis; within the grips of objectifying science or in the claws of twisted pseudo medical charlatans) or as a sophisticated manipulator who is craving for attention and refuses the world because she can.

The performance doesn’t want to be a literal transposition of the film or its script to the stage, but wants to put the mystery of the mute sick body in the center of the stage. The voice that comes out of this body alternates between echoing what is being said about its state of sickness by the world and producing sounds that refuse the conformity of language.

The performance is a hybrid experiment between performance and music theatre. The main focus will be the notion of 'hypersensitivity'. We are searching for the causes and symptoms of our times: depression, attention deficit, hyperactivity disorder, borderline syndrome, burnout, 21-century disease. Is it possible that our daily life inside the digital panoptikum (Byung-Chul Han) is marked by a craze for communication and consuming, self-optimizing, self-display, transparency that is leading into an abyss and possibly into a global mental collapse? How do we become hostages of our environment, like Carol White’s of today, test rabbits of sophisticated hidden power techniques?
      
      
      
      
      
   

Grande dystopie pour le XXIème siècle : tout va très bien, les spécialistes sont sur le coup, les analyses succèdent aux analyses, mais une femme reste obstinément et inexplicablement allergique à tout. Prêts pour une plongée à la source de l’hyper-excitabilité ? Safe commence comme un concert live et se transforme lentement, grâce à l’utilisation de casques audio et de la technique binaurale, en une expérience sonore au coeur de l’intime.

Le monde du visible se caractérise par sa relative stabilité, la permanence, la différenciation, et s’offre à nous à travers la distance ; le monde de l’audible est celui de la fluidité, de l’éphémère, de l’apparaissant et de l’amorphe — et de l’impossibilité de la mise à distance. La voix est allusive, en perpétuel changement, devenir, passage, ses contours sont flous : elle est à l’opposé de la permanence, de la solidité et de la consistance du visible.
Mladen Dolar, A voice and nothing more
   

L’INTUITION DE DEPART

Ce projet s’inspire du film Safe (1995) de Todd Haynes. Julianne Moore y joue le rôle de Carol, une femme qui souffre de réactions allergiques de plus en plus violentes, jusqu’à l’empêcher de mener une vie normale. Cette maladie inexpliquée l’isole de plus en plus : à la fin du récit, on la retrouve au milieu du désert, dans un igloo high-tech transparent censé la protéger de toute intrusion du monde extérieur. Lors de la sortie du film, le réalisateur a évoqué une référence à la crise du SIDA et au changement de climat politique qui en a découlé dans les années 80. Selon nous, la force critique du film se fait encore plus vive en ce début de XXIe siècle.

L’origine des symptômes de Carol n’étant expliquée à aucun moment, on ignore si elle souffre d’une maladie physique que les médecins échoueraient à diagnostiquer, ou si son mal relève de la psychosomatique. Nous sommes convoqués face à un corps qui n’est plus en état de fonctionner de manière autonome et que l’on voit manipulé par des scientifiques, des guérisseurs et des chamans, sans que jamais son mystère ne soit dévoilé. Dans une société obsédée par le contrôle, où les comportements déviants sont de plus en plus condamnés et où l’emprise totale sur le vivant semble à portée de main, Carol est un obstacle, une complication. Les spectateurs la perçoivent tantôt comme une victime (au choix : d’une crise écologique, d’une science objectivante, de charlatans pervers), tantôt comme une manipulatrice sophistiquée se mettant en scène comme centre du monde, tout en rejetant ce monde autant qu’elle le peut.

LA PERFORMANCE

La performance, qui n’est en aucune manière une adaptation scénique, mot pour mot, du film ou de son scénario, entend aborder un problème de notre société de contrôle, auquel nous n’avons pas encore de réponse. Dans l’Europe et l’Amérique du XXIe siècle, le discours dominant tente de trouver des explications à toute chose — à grand renfort de médicaments, de science, de politique, d’économie et de médias sociaux. Mais que se passe-t-il lorsque la science en particulier ou, plus généralement, tous les champs du savoir de quelque importance, se retrouvent réduits à l’impuissance ? Le mystère du corps malade, d’un corps qui se tait, est au cœur de ce spectacle. La voix qui en émane alterne entre la conformité à ce que le monde dit de son symptôme, et la production de sons non-conformes qui échappent à ce que nous considérons comme « langage ».

Il s’agit d’une expérience hybride entre la performance et le théâtre musical. Le thème principal en est la notion d’« hyper-excitabilité ». Nous abordons les problèmes de notre époque et tentons de remonter à leur source : dépression, TDAH, trouble de la personnalité borderline, burn-out et autres affections typiques du XXIe siècle.

Est-il possible que notre vie quotidienne au sein du « panoptique numérique » (Byung-Chul Han) soit caractérisée par une soif de communication et de consommation, d’auto-perfectionnement, de promotion de l’ego et de transparence qui nous entraînerait au fond d’un gouffre, au risque de causer un écroulement psychique généralisé ? Comment sommes-nous devenus les otages de notre environnement, les Carol White d’aujourd’hui, les cobayes de structures de pouvoir aussi sophistiquées que dissimulées ?

LA PREMIERE PARTIE,

un concert live — La performance commence en s’appuyant sur un livret illustrant les quatre tentatives de la société pour « guérir » Carol, en observant les réactions de son corps à la maladie. Ce livret fait l’objet d’une composition musicale pour quatre artistes (trois musiciens et une actrice) d’Oxana Omelchuk, sur une chorégraphie de Julie Pfleiderer et Christine de Smedt. Le point de départ est un état corporel plutôt « normal » (peuplé de bruits de la vie quotidienne, puis de sons indiquant un état plus infectieux : éternuements, grattages, hypersensibilité à certains matériaux, fatigue) ; après quoi l’on passe à une phase de régime, qui se complique de problèmes respiratoires entraînant la visite d’un médecin. Puis c’est le tour de la psychologie, puis des techniques ésotériques, et en fin de compte un rejet complet de toutes les cures. Le public observe et ressent la vulnérabilité des sens — entre embarras, compassion, curiosité et incompréhension.

Artistiquement, cette première partie prend l’allure d’une expérience frontale avec les spectateurs. A travers une capture audio, nous allons amplifier la réaction du public et la manipuler progressivement. Au départ, il s’agit d’un jeu d’imitation qui tient compte des réactions des spectateurs : les musiciens captent les « symptômes » du public et les interprètent avec leurs instruments et leurs voix, jusqu’à en faire un tissu sonore plus intense, désagréable et menaçant, qui intensifie la réaction nerveuse de l’auditoire. De cette manière, nous créons une sorte de « feedback positif », une boucle interne. L’espace de performance se transforme en corps qui résonne et reflète le sentiment du public, ainsi que les sentiments de Carol, sans faire usage des formes théâtrales classiques.

LA SECONDE PARTIE,

un jeu radiophonique binaural produit en direct — Julie Pfleiderer, Oxana Omelchuk, Pieter Delfosse et Caroline Daish élaborent cette fois un récit, en texte et en musique, à partir du personnage cinématographique de Carol White, qui est étoffé par une pluralité d’autres voix (autres patients, experts en neurosciences, médecins…).

Dans cette partie, après que les musiciens ont quitté la scène, des casques sont distribués aux spectateurs pour leur offrir l’impression d’être « dans la tête » de Carol White et des autres protagonistes. Plus Carol se retire du monde, plus le spectateur plonge acoustiquement dans sa subjectivité. C’est une sorte de pièce radiophonique qu’écoute alors le public, réalisée en direct sur scène par Caroline Daish à l’aide de toutes sortes de microphones. Dans les casques, le son devient une composition sonore filmique. Inspirés par les installations et promenades audiovisuelles immersives de Janet Cardiff, nous utilisons une « tête artificielle binaurale* » installée sur scène comme un instrument permettant de faire saillir les différences entre perception directe et virtualité.

{*La technique d’enregistrement binaural est une méthode consistant à enregistrer des sons à l’aide de deux microphones, en vue de restituer à l’auditeur une expérience sonore 3D. Les deux microphones sont placés dans les oreilles d’un mannequin pour simuler, avec un réalisme sensible, la réalité acoustique de notre système auditif.}

Alors que la première partie de la performance entendait agir sur les sens à la manière d’un concert live, la deuxième partie est plus narrative et plus immersive, grâce à l’utilisation de cette technique de casques et à l’ouverture à d’autres personnages, à d’autres symptômes.

MUSIQUE

La composition musicale travaille sur deux axes : la musique expérimentée dans sa puissance de manipulation, voire de torture et, d’autre part, la musique dans sa force curative. Quelles sont les techniques audio manipulatoires de notre époque, quand le silence devient-il un véritable luxe ? Quand le son passe-t-il du statut d’aimable compagnon à celui de bombardement sensoriel ?

VOIX

L’actrice Caroline Daish utilise sa voix d’une manière particulière. Au début de la composition musicale, sa voix sera utilisée comme un instrument, avant de commencer progressivement à produire du sens : une traversée de l’étrangeté à soi-même, incarnée par des onomatopées et des manipulations électroniques, jusqu’à l’adoption d’un chant et d’une parole plus incarnés – métaphore de la tentative de Carol pour consentir à son corps.

TEXTE

L’auteur Pieter Delfosse signe le texte des deux parties de la performance.
« Carol utilise le langage dans une tentative de maîtrise sur ce qui lui apparaît immaîtrisable : la défaillance de son corps. Elle ressasse des événements et des discussions du passé pour tenter de rejoindre un lieu immune, alors que toutes les réponses font défaut. Mais ses mots sont aussi volatiles que ce qu’ils tentent de saisir. Son histoire continue de se développer, se désintègre, et se complexifie à travers d’autres vérités et d’autres récits. Dans la première partie, nous observons la vie de Carol et la manière dont ses troubles physiques l’envahissent et prennent le dessus. Dans la deuxième partie, nous accueillons les différentes voix qui résonnent en Carol. Des voix de son entourage proche, des médecins, psychologues et guérisseurs, des voix d’autres patients… L’histoire de Carol semblait insoutenable. Elle est lentement infiltrée par un nouveau potentiel — ce qu’elle pourrait être. »

MOUVEMENT

La chorégraphe et danseuse Christine de Smedt collabore au développement d’une partition de mouvements, avec Caroline Daish et les musiciens d’Ictus. Elle apportera aussi un regard extérieur et jouera le rôle de dramaturge durant tout le processus de création.

Agenda for this project

November 2018
  • Date Show Location
  • Thu 22.11 SAFE Kaaitheater - Brussels - Belgium

    SAFE

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  • Fri 23.11 SAFE Kaaitheater - Brussels - Belgium

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May 2019
  • Date Show Location
  • Sat 25.05 Safe BUDA - Kortrijk - Belgium

    SAFE

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