Musica Reloaded (press)

Dernières Nouvelles d'Alsace, Hervé LÉVY, 22 septembre 2019

Vendredi soir, s’ouvrait à Strasbourg la 37e édition de Musica avec My greatest hits , kaléidoscope enthousiasmant de l’Ensemble Ictus. Retour sur un véritable petit festival dans le festival. Renouant avec l’esprit underground et expérimental l’irriguant dans les années 1980, Musica avait pris ses quartiers dans la friche portuaire des Halles Citadelle. Le programme associait l’Ensemble Ictus – référence de la musique contemporaine – et quelques complices dont les Percussions de Strasbourg, pour une soirée fleuve (plus de trois heures trente) bouleversant les codes. Dans un immense hall étaient installées cinq scènes sur lesquelles les artistes se produisaient alternativement ou concomitamment, tandis que dans la salle voisine se déroulait une performance de Maxime Kurvers autour du piano.

Le public (bien sage au début de la soirée, mais qui s’est peu à peu un brin débridé) était invité à baguenauder de l’une à l’autre, à manger une tarte flambée ou boire un verre en papotant dehors, dans une ambiance guinguette. La programmation a joué le jeu des contrastes (plutôt violents) dans un généreux patchwork associant pièce hypnotique pour triangle (Silver street car for the orchestra d’Alvin Lucier), sonorités aquatiques de la flûte basse (Konter d’Eva Reiter), contemplation seventies tendance extatique signée Terry Riley (A Rainbow in curved air), poésie sonore et sémantique d’une œuvre de Bernard Heidsieck (Vaduz) ou partition pour appeaux peuplée d’oiseaux post-nucléaires de Robin Hoffmann. N’oublions pas le merveilleux I Funerali dell’Anarchico Serantini de Francesco Filidei : dans ce crescendo allant du silence à la saturation sonore réalisé sans autre instrument que leurs corps, les Percussions de Strasbourg ont fait merveille. La salutaire douche écossaise s’est poursuivie avec des pages baroques (de Dowland ou Hume) joliment chantées par la soprano Theresa Dlouhy, précédant une œuvre pour auto- tune de Simon Steen-Andersen ou les vocalises de la Reine de la nuit de Mozart revisitées tendance comico-trash par le même. Pour le premier concert de la première édition qu’il dirige, Stéphane Roth a donné le la avec une soirée qui avait la semblance d’un manifeste, illustrant sa vision d’un festival qu’il souhaite résolument ouvert et profondément tonique.