Jürg Frey : Quartet #2 (Lille, March 16th)

Jouer le minimalisme est un exercice particulier. Jürg Frey compose très bien, et il en parle très bien. Il y a la musique comme chemin et développement — ou comme Vouloir, si on veut. Et simultanément, la musique comme simple et calme expansion du sonore — comme lâcher-prise.

Paradoxe : le lâcher-prise, cette passivité active, demande plus d'énergie performative que l'expression. Une énergie capturée dans son état intermédiaire, tendue et retenue. La passivité active ne consiste pas à laisser aller le son comme il vient, mais à sans cesse résister d'y ajouter un signe d’expression supplémentaire.

L'aphorisme moderniste de Frank Stella, "what you see is what you see" (qu'on peut convertir : "ce que vous entendez n'est que ce que vous entendez"), qui répugne tant à Didi-Huberman ("victoire maniaque et misérable du langage") — est pourtant convoqué comme effort de départ.
N'ajouter rien : cet athlétisme. "Il n’ y a rien d’autre que ce que vous entendez" demande un tel effort que c’est cet effort invisible, cette ascèse calme et farouche, qui vient finalement supplémenter et transfigurer le jeu instrumental.
   
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(Dans les bons jours.)