ICTUS : SAISON 2015 2016

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"C’est la tâche de la pensée de s’emparer de ce qui la désempare", écrit Michel Surya.
Et c’est la tâche de la musique de composer avec ce qui la décompose.
L’écriture musicale se tient face à un embranchement : ployant sous le poids de sa propre histoire,
elle s’affronte aujourd’hui à d’exigeants partenaires qui lui fouettent les sangs.
Electronique, danse, bruits, chansons pop, performance, objets étranges. C’est le choc.
Une sorte de sur-stimulation en découle, une hyperkinésie. On s’agite comme des mouches.
Mais l’esprit de la musique n’en meurt pas pour autant.
Et il exige son dû : une lenteur de fond, une concentration, un patient tissage
— tout ce qui autorise l’émergence d’une forme. Voilà la pince en laquelle nous nous tenons !

*

Cette newsletter est beaucoup trop longue. Tant pis : il fallait cela pour illustrer ce que nous venons de dire.
Imprimez-la et lisez-la ce soir, ok ? Et puis, écrivez-nous pour dialoguer en français avec Jean-Luc Plouvier, en néerlandais avec Tom Pauwels,
ou en anglais/allemand avec Gerd Van Looy
   

  SPECTACLES  

   

MARTA

Wolgang Mitterer. Nouvelle production de l’Opéra de Lille.
Précise, foisonnante, riche en micro-détails qui relancent sans cesse l’écoute, l’électronique de Wolfgang Mitterer se marie à merveille avec la conduite narrative d’un opéra. Après le traitement légèrement punk du théâtre élisabethain (« Massacre », d’après Christopher Marlowe, 2003), Mitterer s’est associé à l’écrivaine autrichienne Gerhild Steinbuch et au metteur en scène Ludovic Lagarde pour concevoir une fiction post-apocalyptique irriguée de légendes médiévales.

Dans un monde ravagé par une mélancolie atroce, où règne un Roi Arthur réduit à l’impuissance et à l’égarement, quelque rédempteur fou a fait disparaître tous les enfants... Seule est demeurée la fille de la reine, Marta, poupée sans âge inlassablement peignée par sa mère. En sa cage de verre, Marta est livrée à l’adoration du peuple : dernière trace d’un monde en perdition. Entre sommeil et peur, entre lynchage et incendies, dans l’aveuglante lumière d’un monde irradié, la mort se propage irrésistiblement.
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CONCRETE

Nouvelle production chorégraphique de Maud Le Pladec.
C’est la guerre des nerfs : une heure de musique répétitive, violente et dissonante, comme une volière d’oiseaux mécaniques. Le compositeur new-yorkais Michael Gordon, cependant, ne développe pas un minimalisme vulgaire. Maître des rythmes trébuchants, il déploie une infinie subtilité dans l’art de brouiller le beat. La chorégraphe Maud Le Pladec — avec Sylvie Mélis aux lumières — fait ici trembler les contours : à la croisée d’une pièce chorégraphique, d’un light show , d’un concert et d’une installation, CONCRETE propose des logiques simultanées (de musique, de danse, de lumière), non-hiérarchiques, soumises pourtant à la même fièvre.
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THE LICHTENBERG FIGURES

Une soirée avec Eva Reiter.
Le poète et romancier Ben Lerner publiait en 2004, sous le titre de « The Lichtenberg Figures », une éblouissante collection de sonnets où se mêlent dialogues, observations triviales, plaisanteries, saillies introspectives, notices scientifiques — qui accélèrent la pensée jusqu’au vertige. A partir de ce matériel, Eva Reiter a composé un « livre d’airs » en sept chants, pour une voix de femme traitée électroniquement (Juliet Fraser) et un ensemble instrumental très électrifié (la nourrice de Reiter, dit-on parfois, écoutait du Romitelli en lui donnant le sein). Nico de Rooij and Djana Covic signent la scénographie de cette soirée placée sous l’emblème d’un « onirisme de haute précision ».
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MEYOUCYCLE

Une soirée avec Eleanor Bauer.
Musique, chant, danse, badinage avec le public : avec Meyoucycle, la chorégraphe Eleanor Bauer propose une soirée de performance et de musique qu’elle qualifie de « franchement généreuse ». Trois performers, quatre musiciens et autant de compositeurs, pour entourer une artiste américaine « douée, brillante et courageuse », comme l’écrivait le New York Times.
   

  CONCERTS 

      

MITTERER BY NIGHT (avec Marc Ducret)

A l’Opéra de Lille et à Bozar : jam !
Une jam session préparée par le Viennois Wolfgang Mitterer (dont nous vous parlions plus haut), compositeur, organiste et orfèvre de l’électronique. Nous rejoindront pour la circonstance : le bluesman-expérimentateur Marc Ducret, l’une des plus puissantes personnalités de la scène du jazz contemporain ; et Cédric Dambrain, qui a conçu un dispositif à base de contrôleurs hi-tech issus de la recherche chirurgicale, qui « augmentent » le corps du musicien et l’hybrident à ses synthétiseurs. A l’Opéra de Lille, et reprise à Bruxelles chez Bozar.
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FOR PHILIP GUSTON

A Buenos Aires, une oeuvre de 4 heures de Morton Feldman pour pour flûte, percussions résonantes et piano. Tout se répète sans cesse, mais jamais à la même place, dans une douce déroute de la mémoire. Au Vouloir impérieux de la musique occidentale, Feldman opposait ce qu’il appellait “a silent protest”, une résistance silencieuse. 
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PIERLUIGI BILLONE (percussion music)

Concert du mercredi à l’Opéra de Lille.
Une oeuvre pour bols tibétains ; une autre pour amortisseurs de voiture ; ou pour marimba et blocs de bois : à chaque oeuvre, Pierluigi Billone semble réinventer la musique selon les sons que l'instrument lui propose et la gestuelle qu'il lui suggère. Dans une respiration ample et tranquille, l'instrumentiste nous dévoile alors des alphabets inconnus. A chaque objet, sa juste présence, sa juste musique ; la percussion, ici, n'est plus l'art du coup, mais l'art du tact. Tom De Cock, l'un des interprètes privilégiés du compositeur, fait de chacune de ses performances un événement singulier où la matière se spiritualise.
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AMERICAN LAMENT (version studio)

Avec Lisa Van deer Aa.
Deux jours aux Kaaistudios de Bruxelles, puis à Londres, avec Tom Pauwels et Liesa Van der Aa, jeune star de la pop expérimentale flamande. Les compositeurs Trapani (né en 1980) et Polansky (1954) obtiennent ici un résultat qu’on n’avait pas entendu depuis les Folk Songs de Luciano Berio : un hommage à la musique populaire baigné d’un respect, d’une chaleur, d’un raffinement exceptionnels.
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AMERICAN LAMENT (version d'ensemble)

Au Handelsbeurs, à Gand.
Nous réunissons un double plateau et deux superbes chanteuses pour toucher au coeur de l’héritage musical américain : le lamento. La soprano classique Christie Finn, qui est aussi une redoutable « performer » et une excellente poétesse, partagera la scène avec Liesa Van der Aa. Compositeur à l’honneur : Christopher Trapani, un Américano-Français né à la New Orleans. Il prend appui sur le blues de Bessie Smith, celui de la Carter Family, et sur quelques poèmes d’une tristesse à s’arracher le coeur qui évoquent le passage de l’ouragan Katrina, les inondations du Sud, la vie des exilés.
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ASPERN SUITE

Sciarrino au Concertgebouw de Bruges.
A Bruges avec Kartien Barts (soprano) : l’Aspern Suite de Salvatore Sciarrino.
Sur des textes de Lorenzo da Ponte (le librettiste de Mozart), le compositeur fait surgir les sonorités assourdies d’une Venise fantômatique. La musique de Sciarrino peut être qualifiée de contemplative, sans doute — mais selon l’inquiétante image d’un midi immobile, tremblant, écrasé de lumière, où le « trop de réalité » fait douter de son existence... et de notre raison.
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SONGS OF DESPAIR AND HOPE

A Mechelen.
Le piano de George Crumb, amplifié par des microphones de proximité, se joue à l’intérieur de l’instrument autant que sur le clavier : il devient alors harpe, glockenspiel, koto, vibraphone. Mêlé aux sonorités résonnantes de quatre percussionnistes, ce « pianisme étendu » ouvre à l’auditeur un palais des miroirs où tout flotte, se réverbère et se dédouble. Un peu tonale, un peu modale, et toujours délicatement brouillée, la musique de Crumb évoque des mondes fictifs, des souvenirs engloutis, des rituels oubliés.
Dans les Songs of Despair and Hope, le compositeur arrange et harmonise une série de spirituals afro-américains. La soirée sera défendue par la magnifique soprano espagnole Raquel Andeuza.
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JÜRG FREY : STRING QUARTET #2

Lille, encore !
Cette oeuvre du compositeur suisse Jürg Frey est l'une des plus belles réussites du minimalisme contemporain. Il sera joué deux fois, commenté et décortiqué en public. Aussi simple que radical, ce quatuor met en jeu des techniques d'archet qui font ressembler chaque accord à un long souffle. Puis s'y mêlent les voix murmurées des interprètes — parmi lesquels la gambiste Eva Reiter, qui vient de rejoindre l'équipe d'Ictus.
Quand le silence devient clameur ...
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  EN TOURNEE  

     

WORK | TRAVAIL | ARBEID

Rosas !
Vortex Temporum, la chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker d’après l’oeuvre du même nom de Gérard Grisey, a été totalement reconfigurée pour la « boîte blanche » d’un musée. Après un insolent succès au Centre d’Arts Wiels, la saison passée, cette performance est reprise trois jours en septembre, au même endroit.
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VORTEX TEMPORUM

Toujours Rosas !
« Il est très rare de voir des oeuvres d'une telle finesse et d'une telle beauté. Même chez Rosas. C'est tout simplement hors-catégorie», écrivait le journal De Morgen.
Suite de la tournée mondiale de cette chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker, créée en 2013 d’après le sextuor ensorcelé de Gérard Grisey.
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UN SACRE DU PRINTEMPS

De Daniel Linehan
« Si le spectateur est bien face à un petit traité théorique sur le dialogue danse-musique, Linehan sait lui donner l'allure d'un jeu d'enfant », écrivait Eve Beauvallet dans Libération.
« Le Sacre » de Stravinsky, joué ici dans la version de l'auteur pour deux pianos, devient « Un Sacre » — une chorégraphie joueuse, nerveuse et profane.
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DRUMMING

Rosas forever !
Drumming, chorégraphie de 1998 d’Anne Teresa De Keersmaeker sur une musique pour percussion de Steve Reich, était un véritable coup d’éclat. La chorégraphe en parlera plus tard comme d’une « moisson subite » : tout ce qu’elle avait engrangé en termes de techniques d’écriture, souvent inspirées du contrepoint musical, explosait soudain dans une profusion étourdissante, à l’intérieur d’un panorama scénique trop large pour nos yeux.
Illimité comme la vie même.
Et Drumming tourne toujours !
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Cordialement,
Jean-Luc Plouvier, Tom Pauwels, Gerd Van Looy