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Chaque musicien court toute sa vie après une certaine partition, telle Sonate de Beethoven, telle page de Schumann, dont les secrets sont la source fraîche à laquelle il revient sans fin se désaltérer. Triadic Memories de Morton Feldman agit pour Jean-Luc Fafchamps comme ce sésame pianistique.

Triadic Memories est assurément la plus mystérieuse, la plus économe, la plus insaisissable de toutes les œuvres du vieux Sphinx new-yorkais — et le « plus gros papillon » que le compositeur a jamais capturé dans sa lanterne magique, selon ses propres mots. A l’âge de 30 ans, en 1990, Fafchamps en enregistrait une version anthologique pour le label SubRosa, qu’il remit totalement en question 20 ans plus tard par un nouvel enregistrement. Il en méditera les inépuisables ressources une fois de plus lors de ce concert, toujours en phase avec l’insondable art feldmanien : faire clignoter le « même » et le « différent » sur le fil du silence.