sur le projet aventures (1999)
"Aventures", puis "Nouvelles Aventures", furent écrites par Ligeti entre 1962 et 1966, à un moment très précis où le compositeur participait au mouvement "Fluxus", et regardait du côté de John Cage. Sorte de proto-opéra, ou fantasme d'un proto-langage, d'une langue seulement construite de tous les échantillons des gestes musicaux possibles, ces pièces n'ont plus rien à nous dire aujourd'hui si on les prend du côté de l'histoire de l'art : sans lendemain et sans descendance, elles n'ont guère porté que des fruits secs. Elles rayonnent pourtant d'une savoureuse pertinence lorsqu'on leur imagine une noble paternité littéraire, celle de Beckett, de Jarry, d'Artaud (Artaud qu'on n'invoque pas ici comme une figure de pure malédiction, mais avant tout comme l'admirateur inconditionnel des Marx Brothers et d'Ubu) : paternité où se nouent, où s'affrontent, où sont mises en tension cruauté et drôlerie - le meilleur de la modernité, et d'une grande rareté en musique.
Il s'agit donc, avant tout, de sauver cette oeuvre riche, extrême et aberrante d'unprojet lourd, didactique, zélé, philosophically correct, la sauver des chromos nostalgiques du temps béni de l'avant-garde . D'en faire un concert, d'abord : un moment musical. Et d'en confier la mise en scène à des artistes qui savent faire courant d'air : c'est en voyant le lumineux "De l'air et du vent" de Pierre Droulers et Jim Clayburgh, en voyant voltiger en tempête les corps, les musiques, les cuillers, les petites machines et les papiers, que nous avons voulu leur proposer la responsabilité de cette aventure.
programme
György Ligeti : Aventures / Nouvelles Aventures, Maurizio Kagel : Finale György Ligeti : Mysteries of the Macabre
ligeti & Kagel Sans Ligeti et sans Kagel, la musique de ce siècle serait sans doute passée à côté du grand art de la bavure : ironie insaisissable, intentions interlopes, dérive du sens, goût du macabre et de l'ubuesque. Avec ses deux pièces de théâtre musical, Aventures et Nouvelles Aventures, Ligeti invente l'opéra des limbes du langage : en un virtuose contrepoint de phonèmes, de souffles, de sanglots, le compositeur suspend toute nécessité de texte et de fiction pour imposer un univers de purs affects, un degré zéro du lien social, drôle et brutal, humain jusqu'à l'horrible. Finale de Kagel et un extrait du Grand Macabre de Ligeti (en version de chambre) aggraveront très soigneusement la soirée : le premier d'une pointe féroce et le second jusqu'à la panique - puisqu'on entendra une soprano colorature, à la limite de l'apnée, annoncer l'apocalypse en d'interminables vocalises post-rossiniennes.
bios
peter rundel (direction musicale) Il dirige The Yellow Shark de Frank Zappa en 1992, collabore avec le Deutsche Kammerphilharmonie et le Art Ensemble de Chicago. En 1993, il dirige le Prometeo de Luigi Nono avec Ingo Metzmacher dans le cadre du Festival Zeitfluss/Festival de Salzbourg. Il crée La Jalouzie (1991) et Surrogate (1994) de Heiner Goebbels, ainsi que ... au delà du hasard de Jean Barraqué au Festival de Witten en 1995. En 1996, Rundel crée Blood on the Floor de Mark-Anthony Turnage avec l'Ensemble Modern et l'opéra de chambre Solaris de Michael Obst dans le cadre du Münchener Biennale et il dirige le Sinfonieorchester des Hessischen Frankfurt. jim clayburgh (scénographie et mise en scène) Outre son travail avec le Wooster Group, Jim Clayburgh a conçu la scénographie de pièces de théâtre pour le Pepsico Festival, le New York Shakespeare Festival, The Ontological-Hysteric Theater, Creation Company, Second Stage, qui l'ont fait collaborer avec Richard Foreman, David Rabe, Des McAnuff, Wilford Leach, Matthew Maguire et Jeffrey M. Jones.Plus récemment, il a conçu les éclairages d'une série de spectacles de danses en Belgique : Anne-Teresa De Keersmaeker & Rosas, la Compagnie Michèle-Anne De Mey et la Companie Pierre Droulrs. Il est l'éclairagiste permanent d'Ictus. Clayburgh a reçu un Obie Award for Sustained Achievment dans la catégorie "scénographie". Des photographies de son travail apparaissent régulièrement dans les revues spécialisées et les anthologies du design théâtral : "Theatres, Spaces, Environments : Eighteen Projects" de McNamara, Rojo and Schechner; "Theatrical Evolution : 1776-1976" de Kenneth Spritz. Il a donné des lectures et des cours dans plusieurs universités américaines, telles que la New York University, l'University California à Santa Cruz, l'Université de Michigan pierre droulers (chorégraphie et mise en scène) "Parler de l'air correspondait à une volonté d'ouvrir encore la matière et le corps,de voir comment les choses se distillent. J'avais fait une vidéo sur la distillation de la lavande en Haute-Provence, et j'avais été fasciné par un type seul dans une distillerie, qui attisait le feu, mettait l'eau, faisait descendre de grands bacs de lavande..., tout ça pour obtenir quelques gouttes d'une essence. C'était magnifique! Il y avait donc cette métaphore de la distillation des corps vers quelque chose qui soit aérien, mais en même temps il fallait réaliser des formes. Et je sentais en moi comme une injonction : de l'air! Quant au vent, je savais que cela allait attirer les esprits, mais j'ignorais tout de la qualité de ce vent : serait-il de nostalgie ou de mélancolie, serait-il un vent frais...? " Pierre Droulers, entretien avec Victor Malisse.
aventures une production de La Monnaie par l'ensemble ictus dirigé par peter rundel avec rolande van der paal, soprano, linda hirst, mezzo-soprano, romain bischoff, baryton mise en scène de pierre droulers et jim clayburgh première : bruxelles, lunatheater, le 19 février 1999
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