François Narboni : Standards


Les clichés de la rock music (El Gran Masturbador), les grognements de la jungle (Les Animals) : François Narboni importe dans ses partitions des échantillons provocants, fragments enregistrés d'un monde éloigné qui fait irruption en ses oeuvres comme un virus, un lapsus ou un cauchemar. L'écriture, acide et rythmique, versatile et proliférante, se réorganise autour de ces éclats venus du dehors, avec le soin empressé du matelot qui écope l'eau de son bateau qui coule.

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Avec Standards, c'est l'histoire du jazz que convoque Narboni, sous forme de fragments joués par le clavier-échantillonneur ("On peut jouer tous les sons du monde au bout des doigts, n'importe quel bruit, n'importe quel cri, ou une symphonie de Mozart, tout ce que l'on désire, on peut l'assigner à une note sur le clavier. Le montage sonore à partir de voix ou de bruits produit actuellement dans tous les domaines des choses dignes d'intérêt, comme ces rappeurs américains de la Côte Ouest que j'ai entendus récemment.") Soirée d'une heure ou d'une heure et demie : neuf musiciens d'Ictus dirigés par Georges-Elie Octors (inclus : un batteur, une basse, une guitare, un Fender Rhodes, violon et souffleurs), pour la partie écrite. En outre : un groupe de jazz qui donne à entendre le matériel original, ou du moins une version du matériel "historique" utilisé par le compositeur. Voici ce qu'en dit Narboni :

"Standards fait se rencontrer les deux univers musicaux dont je suis familier, le jazz et la musique contemporaine. Le jazz comme instrumentiste, la musique contemporaine comme compositeur.

Le projet se présente comme une suite de six morceaux dont le matériau - et le titre - sont tirés de standards jazz plus ou moins connus. 

Il ne s'agit pas d'un travail d'arrangement mais de (re)composition à partir d'un matériau familier. Comme dans l'improvisation, mais ici par le biais de l'écriture, les éléments du thème - mélodie, rythme, harmonie - servent de point de départ à la prolifération illimitée d'un matériau nouveau. Le thème, à la fois source et prétexte, est investi d'une folie particulière. Il est progressivement décalé, déplacé, pulvérisé...

En même temps, cherchant à créer un espace jazz imaginaire, Standards reprend en les théâtralisant les principaux archétypes du jazz : "thème" encadrant les chorus, walking bass, cha-ba-da, riffs, etc. 

L'oeuvre se situe dans la continuité de El Gran Masturbador (2000) qui utilisait des samples issus de la musique pop-rock des années 70-80."

F.N.