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william kentridge, françois sarhan :

telegrams from the nose

Entre théâtre musical, vidéo, installation, ce moyen-format (35 minutes) destiné à de petites salles est le fruit de la collaboration entre l'artiste sud-africain William Kentridge et le compositeur français François Sarhan. Futurisme russe, poèmes de Daniil Harms et minutes des procès staliniens s'y entremêlent. Le matériel graphique provient des études préparatoires à la mise en scène du "Nez" de Chostakovitch, que prépare Kentridge pour le Metropolitan Opera (2010).


Description du dispositif.
Le fond de scène est une large toile peinte par Kentridge, à la manière d'un collage de journaux vantant les avancées de la science. Cette toile sert d'écran pour la projection de la vidéo Telegrams from the Nose, vidéo composée d'une association raffinée d'ombres humaines anamorphosées, d'animation de petites silhouettes noires en papier découpé, de formes géométriques évoquant le constructivisme russe, de lettres en mouvement, de texte. Au pied de l'écran, une petite estrade peut recevoir le compositeur (qui ouvre la performance par une pantomime, en duo avec son ombre sur la vidéo) ou le violoniste (à la fin du spectacle). Au pied de l'estrade, le narrateur et quatre musiciens. Guitare acoustique et synthétiseur sont légérement amplifiés. Violon et violoncelle sont en réalité des "instruments de Stroh", c'est-à-dire un violon et un violoncelle à pavillons, dont le son est amplifié et projeté par une sorte de cornet de phonographe. A ce son aigre et un peu pitoyable répond la voix du narrateur, amplifiée par un mégaphone artisanal disposé à la gauche de l'écran. La partition musicale traverse tout le film : la performance dure environ 35 minutes.

 

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François Sarhan, William Kentridge, un Stroh-Viole

 

Terreur et frénésie. Commentaires de François Sarhan. Le spectacle est construit autour du personnage central de Fiodor Boukharine, proche allié de Staline mis en procès et fusillé sur son ordre en 1938. Les textes sont les minutes du procès de Boukharine, auxquelles s'ajoutent quelques pièces brèves de Daniil Harms, d'une absurdité désespérante, autre auteur russe mort sous Staline.

La Russie soviétique de la fin des années 20 est celle de l'explosion du futurisme et du constructivisme (Maïakovsky), mais aussi le début des procès qui vont finir en purges. Mélange d'espoirs des artistes et intellectuels qui veulent prendre part à la révolution, mais qui sont bientôt mis au pas par le régime : "cherchez des anti-futuristes en qui on peut avoir confiance" était le mot d'ordre de Staline dès 1926. Disparition, sarcasme, menace et oppression sont masquées par le grotesque, la vitesse, la vitalité : la terreur s'installe, mais dans une vague de frénésie et d'imagination artistique débridée. (F.S)

 

Sur la musique. En phase avec les images de Kentridge, la musique de
Telegrams fait défiler une série de vignettes "à la russe" empressées, raturées, disloquées. Travail de mémoire et d'allusion, sans aucune citation directe. Comme toujours chez Sarhan, c'est par ailleurs le texte (la voix parlée) qui l'emporte : le compositeur poursuit ici sa quête d'un mélodrame moderne. Une narration a-lyrique, comme un échantillon vocal directement importé de la vie courante (ou d'une archive, ou d'un vieux film...) sert de fil rouge, et fixe à elle comme à une glu une riche grappe d'événements instrumentaux.

 

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William Kentridge, Parcours d’atelier, 2007.
Collage, encre de chine et crayon sur papier. 264 x 393 mm
Courtesy Galerie Marian Goodman, Paris/New York.
© William Kentridge

 

 

william kentridge, françois sarhan
telegrams from the nose

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live in Paris, Gallerie Goodman, may 2008