note by J.C. Carrière Ircam Computer Music Designer : Gilbert Nouno ensemble: Ictus (Brussels) commissioned & produced by De Nederlandse Opera (Amsterdam), le Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg, Holland Festival, IRCAM-Centre Pompidou a coproduction of De Nederlandse Opera (Amsterdam), Grand Théâtre (Luxembourg), Ircam (Paris) and Holland Festival (Amsterdam) creation: April 2007 in Grand Théâtre, Luxemburg (in the programme of Luxemburg Cultural Capital of Europe 2007), then also presented by Holland Festival, Amsterdam (June 2007) and by Ircam, Paris (June 2007)
Jean-Claude Carrière on 'Prakriti' 1883. Palazzo Vendramin in Venice. Mondialement célèbre, il repousse tous les admirateurs et curieux. Il ne pense qu'à écrire un opéra auquel il rêve depuis longtemps, depuis qu'il q lu Burnouf et Schopenhauer, l'histoire de Prakriti, inspirée de thèmes bouddhistes. Mais il est agité, nerveux. Le temps lui échappe, l'inspiration le fuit. Il accepte de recevoir, l'après-midi, une jeune chanteuse qu'il connaît (elle jouait un petit rôle dans Parsifal), Carrie Pringle, ce qui provoque une scène violente avec Cosima, laquelle est jalouse. Il tente en vain d'apaiser son épouse, puis il s'assied, il essaye de se calmer, d'écrire. Et soudain il s'effondre, frappé d'une attaque. Affolement général. Est-il mort? Est-il simplement dans le coma? Impossible à dire. Un étrange personnage apparait alors, venu de nulle part. On le dirait surgi d'un conte ancien. On ne sait pas par où il est entré. Il dit s'appeler Variochana. Il adresse à Wagner quelques paroles rassurantes et ajoute que le moment du choix décisif est venu. Wagner semble posséder encore assez de force pour demander au nouveau venu: De quel choix s'agit-il? Vais-je mourir aujourd'hui? Qui est-tu? Le chant commence alors - car jusqu'ici nous n'avions que des acteurs, qui parlaient en allemand de façon réaliste sur un fond musical. Et ce chant, cet opéra qui commence, va précisément raconter l'histoire de Prakriti. Comme si le temps se trouvait soudain suspendu, Wagner, à l'agonie, va voir cette histoire se dérouler sous ses yeux. Elle lui est révélée, elle lui est donnée tout entière. Il s'agit d'un jeune moine bouddhiste, nommé Ananda, un cousin du Bouddha lui-même, qui entre un jour dans une auberge pour demander un verre d'eau et qui s'éprend d'une des serveuses de l'auberge, nommée Prakriti. Cet amour est réciproque - la mère de Prakriti invite le jeune moine dans leur maison - et tout les attire l'un vers l'autre, mais Ananda est un moine. Sa vie obéit à des règles précises. Une de ces règles interdit l'amour physique et recommande d'en anéantir le désir - un désir qui harcèle Ananda, et contre lequel il s'efforce de lutter. Ils sont sur le point de s'aimer lorsque le Bouddha leur apparaît et leur rappelle quelques-uns des principes essentiels de son enseignement. Prakriti décide de se rendre auprès du Bouddha et de faire appel à son grand coeur. Elle lui dit son malheur d'aimer et de ne pouvoir satisfaire son amour. Pourrait-on libérer Ananda de son état de moine? Elle-même, pourrait-elle être admise dans la communauté bouddhique dont les femmes sont jusque là exclues? Elle veut Ananda. Comment le rejoindre? Le Bouddha lui raconte alors une histoire ancienne, qui concerne Ananda dans une vie antérieure et révèle à cette occasion que, sous l'apparence de Prakriti, peut se cacher une déesse redoutable, dont la jeune serveuse serait la réincarnation. Jadis, elle s'est montrée méprisante, et même hostile, à l'égard de ce même Ananda, sous son autre identité. Leur histoire, en fait, s'est déjà déroulée, dans de tout autres circonstances. Prakriti ne répond qu'en affirmant la force de son amour. Elle n'a qu'un désir, retrouver Ananda dans la communauté bouddhique. Tandis que l'opéra se déroule, Wagner, qui est le seul à le voir (Cosima, Carrie Pringle et la femme de ménage - et éventuellement le médecin - ne peuvent qu'assister à ses réactions sans comprendre ce qui les provoque) se re lève, retrouve par moments des forces, intervient, interroge, arrête même, une fois, le déroulement de l'histoire. Nous comprenons peu à peu que, dans l'éclair de la mort, dans cet instant où le temps disparaît, l'oeuvre ultime de Wagner, qu'il portait en lui, lui est donnée comme en un battement de paupière. Comme si cette oeuvre, longuement mûrie en lui, surgissait, au moment suprême, d'elle-même. Il mourra sans l'avoir écrite, il ne mourra pas sans l'avoir vue. Dernier cadeau du ciel à un génie. Mais ce que cette oeuvre lui dit, et qui aurait pu le sauver, il n'est plus à même de le saisir. Un choix lui est secrètement offert par l'histoire de Prakriti, cette histoire qui l'attirait depuis longtemps sans qu'il ait jamais pu savoir pourquoi : entrer dans l'éternité tranquille, ou continuer à s'accrocher au long chemin du cycle des renaissances, du samsara, dans l'espoir d'une autre naissance, puis d'une autre encore, où il pourrait améliorer sa condition et développer sa gloire. Sans doute, choisit-il cette seconde voie, qui est une illusion. Autrement dit, il ne peut pas voir clairement - même si par moments il les pressent - les raisons véritables qui l'ont attiré, et depuis longtemps, vers l'histoire de Prakriti et d'Ananda. Quand cette histoire touche à sa fin, Wagner meurt sur scène. L'oeuvre se termine avec sa vie. Il meurt après avoir connu ce que personne avant lui ne connaissait: le temps immobile, la vanité de toute gloire, l'illusion de toute identité et même de toute réalité, l'évidence que tous les êtres n'en font qu'un, que notre vie tout entière peut se décider au dernier instant, en une fraction de seconde. Tous ces éléments seront donnés, bien sûr, au fur et à mesure que se développe l'histoire de Prakriti et d'Ananda. A la fin de l'oeuvre, à l'instant même de sa disparition, Wagner sait, enfin, que nous nous rejoignons dans l'immense creuset du vide où toutes les choses vivantes, qu'elles le veuillent ou non, se réconcilient. Jean-Claude Carrière, juillet 2003
OPERA SYNOPSIS by Jonathan Harvey (2002) Either side of the stage are two large screens on which videos of Wagner and Vairochana are projected. At first the text Wagner writes is projected, and the violent line his pen traces through what he has just written as his heart attack occurs. Wagner is an actor who scarcely speaks, in german. He is also a face on screen and a voice projected electronically thoughout the theatre. Similarly Vairochana has three aspects. The morning of Wagner's death (in Venice), after an unusually angry altercation with his wife, he continues an essay he had started. Just at the point at which he begins to consider the implications of his 30-year-old project to write an opera on a Buddhist subject, he suffers a heart attack. Buddhism teaches that the state of mind at the moment of death is crucial to one's future incarnation. It also teaches that one experiences a sequence of encounters in which choices are offered. Vairochana, a buddha, is Wagner's 'guide' who clarifies the choices, and Wagner eventually decides that his failure to compose the noble Die Sieger must be remedied. He therefore 'creates' the opera - and it happens. Prakriti is a barmaid in a none-too-reputable tavern. Ananda, a young monk, disciple and cousin of the Buddha, enters and asks for a glass of water. Prakriti warns him that this is no place for him. However Ananda replies that he does not care what sort of place it is, he merely needs some water. Prakriti gives it to him and falls in love. Prakriti's mother encourages her daughter's desires and invites Ananda - "Prince Siddharta's cousin" - to a meal. During his visit Prakriti tries to seduce him and at the last moment the Buddah appears, unseen by Ananda, and gives Ananda a Tantric vision of Prakriti, in which she appears as the awesomely beautiful and terrifying goddess Vajrayogini. Ananda prostates before this awe inspiring projection of his mind and leaves. Prakriti returns to her ordinary appearance. Under a tree outside a town Buddha is with his disciples and followers. Prakriti approaches and asks him directly if she can be with Ananda, or she will die. Buddha seems to agree, much to her growing excitement, until he begins to explain the conditions of the Path. Suddenly she goes wild and shouts the rights of woman to love and bear children, attracting a crowd. The crowd is critical and indignant at Buddha for causing such a scandal. In reply he tells them the causes for Prakriti's behaviour. In a former life she had been a haughty court priest's daughter who had met a humble young man by a well and he had fallen in love with her; she quickly forgot him. Until, that is, he turned up at the palace with his father and begged her hand in marriage. She scorned his overture and the man lived alone without wife for the rest of his life, unable to forget her, unable to bury her memory. That woman was Prakriti and that man was Ananda. Everyone is stunned by the depth of Buddha's words. Ananda urges Buddha to admit a woman for the first time to the Order : he eventually agrees if Prakriti truly wishes it. Prakriti decides to join the Order as a sister and is welcomed by Ananda and Buddha. The crowd celebrates the miraculous moment. Vairochana continues to guide the death-process of Wagner, whispering the traditional texts in his ear. At the critical point of finding liberation, Wagner is still unable to overcome his predilections and chooses the dull yellow-blue light of human rebirth with all its seductiveness. He 'awakes' from coma, smashes the glass of water proffered by Cosima. Carrie Pringle, the cause of the jealous conubial row that morning, bursts through the door, the scenery of the 'opera' collapses and the cast is laid waste - its nature as 'just a show' exposed, and Wagner's body lies finally limp. The screen on which Vairochana appeared goes blank and Wagner's screen replays the jagged pen-line crossing out the buddha-words which were the last words he wrote. Blackout. When the lights come up only the Buddhas and Ananda remain among the ruins. The Buddha sits in meditation, opens his eyes, picks a flower and, holding it, gazes intently into the audience. Most of the libretto-text as written now (Feb. 2002) is based on fact and real buddhist sources - the Tibetan Book of the Dead is quoted (for the moment) without change. The Prakriti story remains true to Wagner's intentions, apart from a more modern setting. The only leap is to imagine that Wagner's mind at death, turning to buddhist topics, encountered a real buddhist death-process. I am not averse to changing the names to western ones, if necessary. I intend to work on the libretto , with or without help, for a further two years. In 2003-5 I shall write the music with an orchestra of about 25 players and sophisticated multi-channel electronics. The ending - Wagner's rejection of liberation - though convincing to anyone who knows the nature of his personality, is only one possible ending. Perhaps his act of 'creating' the opera he was, for very interesting reasons, UNABLE to create in his lifetime, deserves a more optimistic conclusion.... I need to find collaborators - director, writer and video artist. (2002)
Claire Booth, Prakriti | ||