Date et lieu_ deSingel, Anvers, 29 novembre 2002. Programme_ Introduzione all'oscuro, pour ensemble ; Tre notturni brillanti,pour alto ; Le Ragioni delle Conchiglie, pour quintette à clavier ; Centauro Marino, pour clarinette, trio à cordes et piano ; Un fruscio lungo trent' anni, pour quatuor de percussions ; Quintettino N.1 pour clarinette et quatuor à cordes. Sur ce concert_ Ce portrait marquera l’aboutissement des deux sessions de l’édition 2002 de notre Séminaire pour jeunes compositeurs, dirigé cette année par Salvatore Sciarrino. Ce compositeur écrit très certainement l’oeuvre la plus aristocratique de notre temps : distante, mélancolique, ironique et cruelle. Il aime à évoquer le démon de midi contre lequel mettent en garde les Pères de l'Eglise : l’instant de la plus grande lumière, où le monde s’offre sans ombre, où le trop de réalité fait douter de son existence - et de notre raison. Si la musique de Sciarrino peut être qualifiée de « contemplative », c’est selon l’image de ce midi immobile, tremblant, écrasé de lumière. Sur cette scène silencieuse apparaissent et s’évanouissent les bruits de la nature, frottements, vagues, débris de coquillages ou de mélodies portées par le vent, galets, grillons, que sa musique imite et distord avec un sens aigu de l’artifice - Sciarrino parle alors d’une écologie musicale. Lorsque la nature amie se retire, la contemplation se fixe sur les mouvements infimes de la matière : fluides, éclairs, viscosités, dont il rend compte comme d’un drame secret, avec nervosité et retenue. Enfin, lorsque tout s’est tu, nature et matière, lorsque l’exploration du blanc (c’est le titre d’une de ses pièces) se fait plus insistante, émerge l’inquiétante musique du corps : rythme cardiaque et palpitation des veines, qui sont notre vrai silence. « Ma musique peut être élégante, délicate par sa dynamique, mais elle n'est pas "jolie", sa "joliesse" découle de quelques aspects secondaires, du fait qu'elle soit plus piano que la musique normale, et à ceux qui sont habitués à la vie moderne, aux discothèques, elle peut apparaître comme une fourmi sur un dos d'éléphant. Je la verrais plutôt comme l'éruption d'un volcan vue de loin. » | ||