4 concerts au festival Agora, Paris
1. le 11 juin au centre Pompidou : oeuvres de Sighicelli, Narboni, Nova, Alvarez A travers les oeuvres de quatre compositeurs, ce concert examine les points de contact entre la musique écrite et les musiques populaires. A rebours d'une ambition globale de "cross-over" ou de fusion des genres, ces oeuvres démontrent que la musique d'écriture peut s'enrichir localement de certaines dimensions esthétiques des musiques pop, tout en conservant sa spécificité (à savoir : l'élaboration préméditée d'une partition, où le travail de la lettre excède la pure notation des événements sonores). Chez Nova (comme chez son ami et compatriote Romitelli), les recherches sur le spectre sonore naturel , sa recomposition et sa torsion dans l'écriture, rejoignent l'esthétique "sale" de Jimi Hendrix, et tout le champ des sons violents, saturés, défigurés par l'électricité. Les seuils entre 'harmonie', 'spectre', 'bruit' ne sont pas franchis en douceur, mais dans l'évocation arrogante du concert de rock. Ce travail sur le "plein" (sextuor à cordes amplifié et doublé par l'ordinateur, guitare triplée, trompette wa-wa...) est pourtant méticuleusement encapsulé dans une écriture rythmique complexe, inspirée de la musique indienne karnatique (les trois percussions). Chez Narboni, à l'intérieur d'une texture musicale serrée d'allure stravinskienne, c'est l'esthétique du "remix"qui est convoquée : recyclage virtuose, importation de bribes de mémoire collective, injection d'échantillons dans un nouveau contexte. Déclenchés par deux claviers, de courts échantillons des greatest hits de la musique 60's et 70's forment la trame autour de laquelle s'organise le discours de l'orchestre. La pièce pour contrebasse amplifiée et échantillonneur de Sighicelli témoigne d'une oreille très jeune, très fraîche. Trois types de sons y coexistent sans fusionner ni se contredire, dans une certaine indécision, une "paix des braves" ironique : les sons instrumentaux, y compris tous ceux qu'autorise le geste improvisé; les sonorités électroniques "traditionnelles", si l'on peut dire : grains, textures, épaisseurs classiques de la musique de studio; et enfin - et c'est tout le sel de la pièce - une gamme de sonorités-déchets, qui n'évoquent ni le geste ni le studio, mais la part incontrôlable de la machine elle-même : scratchs, bips, court-circuits, parasites ... Le concert se terminera avec la création du concerto pour steel-drum et ensemble de Javier Alvarez. Ce compositeur n'en est pas à son premier essai avec ce remarquable instrument des Caraïbes (utilisé ici dans un double set : steel-drum lead et steel-drum ténor), qui a la particularité d'avoir un spectre sonore extrêmement creusé en son centre : riche en basses, riche en aigus, pauvre en harmoniques medium. Ce spectre particulier, presque trop riche, permet les mariages instrumentaux les plus complexes, souvent proches des sonorités électroniques. C'est donc à une sorte de "salsa spectrale" que nous convie le compositeur.
2. le 14 juin à la Cité de la Musique : Counter Phrases (voir notre éditorial)
3. les 19 et 20 juin au Centre Pompidou : Paysage sous Surveillance, théâtre musical et installation vidéo. Georges Aperghis / Heiner Müller. (voir notre éditorial)
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