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1. Ecouter Il y a quatre ans, Ictus débutait timidement, dans un studio de danse de Rosas, une série de musique soliste devant dix-sept personnes... La formule était simple et elle répondait à une fréquente remarque des auditeurs : « tout ce que vous jouez là semble bien intéressant, mais on na pas toujours le temps de comprendre ce qui sest passé ». Pour qui ne veut pas se laisser subjuguer par loeuvre musicale, mais cherche à en comprendre le déroulement, à en saisir lunité, une seule audition nest généralement pas suffisante. La formule One.Only.One consiste à ne jouer quune seule pièce par concert, mais à la jouer deux fois. Entre les deux versions, un musicien de lensemble, ou un invité, sentretient avec le compositeur qui en délivre quelques clés formelles, évoque le contexte imaginaire de la composition, quelques techniques instrumentales, etc... Vient alors la deuxième écoute, sensiblement différente et cette différence, on la doit probablement moins aux propos du compositeur quà la nature même du dispositif : le temps a fait son office, la mémoire fonctionne avec une infinité de jeux danticipation et de réminiscence. Les auditeurs ont reçu les moyens découter. La formule, dans son aspect de « pédagogie légère », correspondait manifestement à une attente : au fil du temps, le public na pas cessé de croître.
2. Une nouvelle alliance Après quelques concerts, la règle du jeu des OOO sest doublée dune exigence supplémentaire : proposer des oeuvres pour soliste et électronique légère. Cest-à-dire une oeuvre où linterprète puisse fondre son jeu instrumental à la partie électronique (enregistrée ou, parfois, produite en temps réel sous forme de traitements du son acoustique), et puisse le faire sans langoisse des mille contraintes de lélectronique « lourde » (casques, capteurs et pédales multiples, suiveurs électroniques de partitions, etc...), qui le transforment en androïde masochiste. Ce que nous avons appelé avec un poil de grandiloquence : « une Nouvelle Alliance ». Une musique de chambre souple et intuitive entre linterprète et les machines, dans loptique dune lutherie renouvelée : lélectronique démultiplie, renforce, repousse les limites de linstrument classique, dans un kaléïdoscope dillusions acoustiques.
3. ELECTRIC BALLROOM , 4 juin 2002, 20.30, Kaaitheater : 3 créations et 3 best of Déjà donné dans plusieurs festivals étrangers, lElectric Ballroom est un concert de forme traditionnelle, sans interview, constitué des meilleures pièces du répertoire OOO. La version de Bruxelles proposera trois best of : Kaija Saariaho, Petals, pour violoncelle et real time electronics. et trois créations commandées pour loccasion : lune de Charlemagne Palestine, pour harpe et électronique. une autre de Stefan Van Eycken, pour piano, assistant, amplification et archets électroniques, sur un film muet dHenri Storck : « Train de Plaisirs », 1930. Storck est un cinéaste belge, qui a magiquement uni dans son oeuvre lesprit du surréalisme belge (avec son humour subversif et rigoureux) et lart du documentaire, dont il est un pionnier en matière de montage savant. Quant à Van Eycken actuellement compagnon de route dIctus il mène sa recherche autour du défi de Morton Feldman : faire de chaque note de piano « un paysage qui sévanouit »... ce que VanEycken mène au bout du chemin par le jeu des archets électroniques, qui coupent lattaque et étirent la résonance du piano. En impliquant lélectronique dans la production même du son acoustique, lintelligent Flamand prend radicalement position contre ce quil appelle lélectronique cosmétique (live instrumental sound with an electronic halo) et lélectronique-karaoke (play along with the accompaniment)... une troisième oeuvre, enfin, de Fausto Romitelli, le plus psychédélique des compositeurs depuis Sid Barrett ... la plus délicate des oreilles mise au service de la corruption et des mauvais trips, auquel le public du Kaai a fait ovation en décembre dernier. Pour guitare électrique.
4. Vingtième et dernier OOO, 10 juin 2002, 20.30, Kaaitheaterstudios OOO se saborde provisoirement : il reviendra sous une nouvelle formule en 2004. Pour la dernière et vingtième édition, nous déjouons la règle : pas délectronique cette fois-ci, et dance party pour tous à lissue du concert. Au programme : la Black Page de Frank Zappa pour marimba et drums ainsi nommée par le Maître pour son injouabilité radicale. Et puisque cest comme ça, nous la jouerons deux fois.
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