ONE. ONLY. ONE n°20 in kaaitheaterstudios, 10.6
ELECTRIC BALLROOM in kaaitheater, 4.6

clôture, fête et bilan de quatre ans d’aventure
 


(programme et commentaire du 4 juin :
voyez paragraphe 3
programme et commentaire du 10 juin :
voyez paragraphe 4)
 

1. Ecouter

Il y a quatre ans, Ictus débutait timidement, dans un studio de danse de Rosas, une série de musique soliste devant dix-sept personnes... La formule était simple et elle répondait à une fréquente remarque des auditeurs : « tout ce que vous jouez là semble bien intéressant, mais on n’a pas toujours le temps de comprendre ce qui s’est passé ». Pour qui ne veut pas se laisser subjuguer par l’oeuvre musicale, mais cherche à en comprendre le déroulement, à en saisir l’unité, une seule audition n’est généralement pas suffisante. La formule One.Only.One consiste à ne jouer qu’une seule pièce par concert, mais à la jouer deux fois. Entre les deux versions, un musicien de l’ensemble, ou un invité, s’entretient avec le compositeur qui en délivre quelques clés formelles, évoque le contexte imaginaire de la composition, quelques techniques instrumentales, etc... Vient alors la deuxième écoute, sensiblement différente ­ et cette différence, on la doit probablement moins aux propos du compositeur qu’à la nature même du dispositif : le temps a fait son office, la mémoire fonctionne avec une infinité de jeux d’anticipation et de réminiscence. Les auditeurs ont reçu les moyens d’écouter.

La formule, dans son aspect de « pédagogie légère », correspondait manifestement à une attente : au fil du temps, le public n’a pas cessé de croître.

 

2. Une nouvelle alliance

Après quelques concerts, la règle du jeu des OOO s’est doublée d’une exigence supplémentaire : proposer des oeuvres pour soliste et électronique légère. C’est-à-dire une oeuvre où l’interprète puisse fondre son jeu instrumental à la partie électronique (enregistrée ou, parfois, produite en temps réel sous forme de traitements du son acoustique), et puisse le faire sans l’angoisse des mille contraintes de l’électronique « lourde » (casques, capteurs et pédales multiples, suiveurs électroniques de partitions, etc...), qui le transforment en androïde masochiste. Ce que nous avons appelé avec un poil de grandiloquence : « une Nouvelle Alliance ». Une musique de chambre souple et intuitive entre l’interprète et les machines, dans l’optique d’une lutherie renouvelée : l’électronique démultiplie, renforce, repousse les limites de l’instrument classique, dans un kaléïdoscope d’illusions acoustiques.

 

3. ELECTRIC BALLROOM , 4 juin 2002, 20.30, Kaaitheater : 3 créations et 3 best of

Déjà donné dans plusieurs festivals étrangers, l’Electric Ballroom est un concert de forme traditionnelle, sans interview, constitué des meilleures pièces du répertoire OOO. La version de Bruxelles proposera trois ‘best of’ :

•Kaija Saariaho, Petals, pour violoncelle et real time electronics.
•Luca Francesconi : Animus, pour trombone et bande quadriphonique
•Alejandro Viñao :
Tumblers, pour violon, marimba et bande quadriphonique

et trois créations commandées pour l’occasion :

•l’une de Charlemagne Palestine, pour harpe et électronique.
Palestine, tonitruant Juif New-Yorkais expatrié à Bruxelles, est l’un des
downtown composers qui inventèrent le minimalisme américain avec Reich et Riley. Il s’est fait une jolie réputation avec ses longues pièces pour piano Bösendorfer, où le jeu tournoyant de patterns pris dans les résonances de la pédale forte déclenche d’imprévisibles et célestes chansons d’harmoniques naturelles... Puis une seconde vie avec les Islandais techno de Pansonic ...

•une autre de Stefan Van Eycken, pour piano, assistant, amplification et archets électroniques, sur un film muet d’Henri Storck : « Train de Plaisirs », 1930. Storck est un cinéaste belge, qui a magiquement uni dans son oeuvre l’esprit du surréalisme belge (avec son humour subversif et rigoureux) et l’art du documentaire, dont il est un pionnier en matière de montage savant. Quant à Van Eycken ­ actuellement ‘compagnon de route’ d’Ictus ­ il mène sa recherche autour du défi de Morton Feldman : faire de chaque note de piano « un paysage qui s’évanouit »... ce que VanEycken mène au bout du chemin par le jeu des archets électroniques, qui coupent l’attaque et étirent la résonance du piano. En impliquant l’électronique dans la production même du son acoustique, l’intelligent Flamand prend radicalement position contre ce qu’il appelle l’électronique cosmétique (‘live instrumental sound with an electronic halo’) et l’électronique-karaoke (‘play along with the accompaniment’)...

•une troisième oeuvre, enfin, de Fausto Romitelli, le plus psychédélique des compositeurs depuis Sid Barrett ... la plus délicate des oreilles mise au service de la corruption et des mauvais trips, auquel le public du Kaai a fait ovation en décembre dernier. Pour guitare électrique.

 

4. Vingtième et dernier OOO, 10 juin 2002, 20.30, Kaaitheaterstudios
(
avec party)

OOO se saborde provisoirement : il reviendra sous une nouvelle formule en 2004. Pour la dernière et vingtième édition, nous déjouons la règle : pas d’électronique cette fois-ci, et dance party pour tous à l’issue du concert. Au programme : la Black Page de Frank Zappa pour marimba et drums ­ ainsi nommée par le Maître pour son injouabilité radicale. Et puisque c’est comme ça, nous la jouerons deux fois.
Gerrit Nulens, Michaël Weilacher, percussions